J’ai régressé et continue de me sentir légitime en tant que prof

J’aurais aimé avoir la souplesse, la force, la technique, et l’équilibre de toutes ces profs de yoga exceptionnelles qu’on voit sur instagram. La fluidité dans les mouvements, l’endurance, l’originalité et le sourire. L’impression que tout est simple. Certes, c’est instagram, ce sont les réseaux, et je sais très bien qu’elles ne montrent que ce qu’elles veulent montrer. Souvent, elles-mêmes sous leur meilleur jour donc. Mais quand même, tout ça me montre à quel point il y a moyen d’être « plus ». Et quelquepart, je sais que j’aimerais être « plus ». Même si, évidemment, le yoga n’a pas du tout vocation à me pousser à cela, on va dire que le yoga occidental et capitaliste lui, m’y incite, et appuie sur cette volonté intérieure que j’ai et qui est, on s’entend, un puits sans fond !

Mais voilà, je n’ai pas fait 20 ans de gym avant de faire du yoga. J’ai même démarré le yoga assez tard car « je n’étais pas assez souple » (Mais est-ce qu’il faut savoir jouer au basket avant même de démarrer le basket ? Un peu absurde comme raisonnement non ? ). Je n’ai pas fait de danse non plus, bref, aucun sport ou activité artistique qui aurait pu étirer ou renforcer mon corps. J’ai me suis même cassé 2 vertèbres dans mes années lycée, qui font que le bas de mon dos est particulièrement raide. En somme, je n’ai aucune facilité particulière pour aucune posture de yoga. J’ai mis longtemps à le réaliser, mais ce désavantage m’aide beaucoup en tant que prof.

Et oui, avoir ressenti tout (ou presque) ce par quoi passent les participant.e.s peut être pratique pour proposer des options adaptées, ou mettre en garde si la sensation est le signe qu’il ne faut pas forcer.

Seulement, jusqu’ici, j’avais plutôt l’impression d’avancer, même si ça prenait du temps et quelques détours. Mais maintenant que j’ai eu un bébé et que mon corps a passé presque 1 an à subir moult changements, ce n’est plus pareil. J’ai régressé.

J’ai repris l’ashtanga depuis quelques semaines et je « revis » ces anciennes raideurs. Je reconnais cette sensation d’avoir les muscles à l’arrière des jambes bien trop courts. Je ressens à nouveau mes bras qui faiblissent et mes abdos qui peinent à chaque caturanga (sorte de demi-pompe). Je ne mets plus les talons au sol dans mes premiers chiens tête en bas. Mes abdos ne me répondent plus comme je le souhaiterais et je fatigue au bout de 3 vinyasas (enchaînement à réaliser entre les postures, pour maintenir le cardio).

Le fait de ressentir ces régressions m’agacent à titre personnel (tant d’étapes franchies que je pensais derrière moi…) mais bizarrement, ne me gênent pas du tout en tant que prof. C’est l’occasion d’explorer d’autres options, peut-être même plus adaptées à une problématique. Et c’est une bonne leçon d’humilité aussi. Je ne dis pas que plus je régresse et meilleure prof je serai (ce serait quand même un comble), et j’entends bien remonter cette petite pente, à mon rythme. Ça me fait simplement intégrer pleinement le fait que rien n’est acquis, que l’apprentissage est tout sauf linéaire et que nos corps changent au gré des étapes de la vie.

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