Le vocabulaire en yoga

Un bon prof de yoga, ça peut être quelqu’un qui ne dit que des mots sanskrit incompréhensibles, mais que vous associez à une posture à force de répétitions, et qui vous corrige manuellement avec précision en parallèle. Ou bien ça peut être quelqu’un qui ne vous touche pas, mais qui décrit les postures et indique oralement les changements qu’iel préconise. Personnellement, j’ai adoré l’enseignement de profs extrêmement différents. L’attitude a son importance, la manière de faire avancer les participants dans la pratique a son importance, et parmi les moyens de le faire, il y a la parole. Les mots.

Jusqu’à il y a un an environ, la parole était pour moi le moyen de donner des instructions, des descriptions, et des corrections. On va faire cette posture, on y rentre comme ça et on en sort comme ci, la version plus facile c’est ça, et pensez bien à faire ça. Puis j’ai ajouté des explications au fil du temps. Il me semblait important d’amener de la compréhension. Souvent, connaître la raison pour laquelle on faisait un mouvement d’une certaine façon m’éclairait, et m’aidait à mieux visualiser le bénéfice recherché. Si ça m’avait aidé, ça en aiderait d’autres.

Au fil du temps, j’ai remarqué que si le contenu de mes paroles était correct (le plus correct possible, au vu de mes connaissances en tout cas), la manière de le dire avait tout autant, voire plus d’importance. Pas de grosse révélation, c’est pareil dans la vie. Je vous partage juste quelques réflexions là-dessus, sur l’importance du vocabulaire que l’on choisit pour décrire une situation :

  1. Je préfère parler en positif, en décrivant ce à quoi j’aspire pour les participants, et non décrire ce que je ne leur souhaite pas. En yoga, c’est comme dans la vie, vous dites « ne pensez pas à un éléphant rose », vous y pensez. Donc « ne regardez surtout pas sur les côtés quand vous êtes en chandelle »…Je l’ai remplacé par « gardez le regard vers le ciel/le plafond ».
  2. J’évite tout le vocabulaire des blessures, des risques, des douleurs, ou en cas j’essaie d’en dire le minimum… Il n’est pas question de faire du déni, mais éviter de créer des peurs inutiles, une prudence exacerbée et donc freiner les gens dans leur pratique pour rien. Inconsciemment, même s’il n’est pas concerné, le pratiquant peut se dire « ha oui, donc en fait dans cette position je pourrais me casser la nuque ? » ou bien « Je n’arrive pas à faire l’alignement décrit, du coup, mon genou n’est pas protégé ? misère, autant éviter carrément cette posture »
  3. J’invite de plus en plus les personnes à juger de ce qui est bon pour elles. « Voyez ce que vous voulez faire aujourd’hui, ce qui est juste en fonction de vos envies, de vos capacités et de votre énergie ». Je pense que c’est quelquechose que je vais répéter plus souvent à l’avenir, surtout au moment de proposer des options plus challengeantes des postures. Responsabiliser chacun sur ce qu’iel souhaite faire en fonction de ses ressentis.
  4. J’encourage et je félicite dès que possible. Ça fait du bien au moral, ça apporte de la satisfaction, ça valide un effort fourni suite à une correction, ça pousse à continuer. Et ça fait prendre conscience de ses forces aussi, quand on met trop le focus sur ses points faibles.

Voici les réflexions du moment sur le vocabulaire. Je ne suis pas parfaite, et j’essaie de m’améliorer avec l’expérience. Je serai curieuse de savoir si les autres profs de yoga s’interrogent sur les mots qu’iels utilisent, et si oui à quel sujet ; et aussi à quel point les pratiquants sont sensibles à cela. N’hésitez pas à partager vos histoires : un mot qui vous a fait bondir, un mot qui vous a rassuré.e au bon moment, un mot qui vous a bloqué.e, je serai ravie de vous lire 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *