Ces phrases kitsch à la Carpe Diem

« Vis chaque jour comme si c’était le dernier. » Vous l’avez sans doute entendu, ce conseil, il vous est passé au-dessus, comme toutes les phrases un peu bateau qu’on trouve dans les papillotes en chocolat ou les sachets de thé. La petite phrase un peu kitsch, qui fait sourire tant elle porte en elle un côté développement personnel caricatural. Oui, tout le monde est d’accord avec ça, il faut profiter de la vie. Puis vous apprenez que la tante du cousin d’un ami a un cancer, et vous redites cette phrase à votre ami, cette fois d’un air un peu plus grave. Vous rajoutez qu’ « on a qu’une vie » et un long soupir à la conversation.

Comme vous, j’ai dû faire ça un paquet de fois dans ma vie. Et toujours, la phrase est restée kitsch et conceptuelle. Il est effectivement possible que ce jour soit mon dernier jour alors il faut que je vive en conséquence. J’avais l’impression, lorsque j’entendais ça, que ça me rajoutait un « il faut », une obligation au bonheur, là maintenant tout de suite. Encore une injonction. Donc j’ai laissé de côté cette phrase et j’ai très bien vécu sans…

…Jusqu’à il y a un mois. Une de mes amies les plus proches est morte dans un accident de vélo en allant à son boulot. Un trajet qu’elle connaissait par cœur pour l’avoir fait tous les jours depuis plus de deux ans. Passés la stupeur, le déni, l’incompréhension et la sensation d’injustice folle, il y a cette phrase qui est revenue me titiller. Qu’avait fait mon amie le dernier jour de sa vie ? Elle avait été au boulot, ça avait été une journée ordinaire. Et comment l’avait-elle vécue ? Dans la sérénité, la joie, la légèreté ? Était-elle agacée par quelque chose ou quelqu’un, stressée par le futur, nostalgique du passé ? Elle n’est plus là pour nous le dire, mais subitement, les journées qui précèdent sa mort prennent comme de l’importance. J’ai réécouté des voices de whatsapp, relu des messages, regardé à nouveau ses dernières photos. Tous ces derniers éléments étaient devenus des trésors.

Alors cette phrase, « Vis chaque jour comme si c’était le dernier. », a maintenant une résonance particulière. J’ai l’impression d’être passée de la théorie à l’intégration. Je le savais dans ma tête, mais maintenant je le sais autrement. Et ça revient tout le temps. Est-ce que j’ai envie de laisser l’agacement prendre le dessus sur ce truc ou bien le gérer autrement ? Est-ce que je prends mes décisions guidée par le stress ou par l’envie ? Est-ce que je me braque et je me vexe ou bien j’essaie d’avoir une conversation constructive (dur dur pour l’ego ça en général) ? Est-ce que je laisse couler ou je me positionne parce que j’ai le droit d’avoir un avis et de l’exprimer ? Bref, vous avez compris. L’idée de vivre comme si c’était le dernier jour n’est pas de vivre dans le bonheur absolu, c’est bien impossible, ni agir sans penser aux conséquences de nos actes. A mon sens, ce serait plutôt d’intégrer au quotidien une sorte d’intensité, par exemple, ou faire preuve de gratitude pour ce que l’on a et qui va bien et d’agir consciemment sur ce que l’on peut changer. Ne pas avoir à regretter la façon dont s’est déroulée notre dernière journée, même si celle-ci était banale, qu’on y a ressenti de la tristesse, de l’angoisse ou de la colère. J’espère que ces mots vous parleront et qu’ils vous inciteront à vivre le reste de votre journée de la façon dont vous souhaitez la vivre.

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